L'enjeu de la traçabilité des fleurs coupées

Est-ce que se préoccuper des producteurs horticoles français, c'est un énième concept bobo bio donneur de leçons pour clients fortunés ?


Nous, on croit résolument que non. C'est non seulement nécessaire mais aussi bien plus "éco-logique", économiquement logique. Ne pas faire faire des kilomètres à un produit qui doit être transporté au froid, c'est logique et ça coûte moins cher. Et quand on fait faire des kilomètres, on doit se poser aussi la question des conditions de production et ne pas prendre les gens pour des citrons : vous voulez un exemple tout bête ? Hyères-Rungis : 847 km. Aalsmeer (Hollande)- Rungis : 519 km. En théorie, il vaut donc mieux faire venir les fleurs de Hollande. Sauf que ... les productions Hollandaises sont le plus souvent chauffées et éclairées la nuit donc extrêmement coûteuses en carbone. Bien plus que le delta de kilomètres entre le sud et la Hollande. Et surtout, comment garantir que les fleurs en provenance de Hollande viennent bien de Hollande, alors qu'Aalsmeer est le plus gros marché aux fleurs du monde, où transitent actuellement 43 millions de tiges par jour et 60% du commerce mondial de fleurs (!) ? Alors surtout qu'aucune traçabilité n'est exigée sur la fleur au niveau européen : les fleurs peuvent être estampillées Hollande et venir du Kenya, cas très fréquent. Un sujet dont pourraient se saisir nos politiques mais qui impliquerait de se frotter à l'énorme lobby de l'Office hollandais des fleurs, qui n'a évidemment aucun intérêt à cette traçabilité (mémo : leur budget communication uniquement sur la fleur coupée est plus élevé que le budget de fonctionnement de la totalité de l'interprofession horticole française tous métiers confondus).
Cette traçabilité ferait pourtant du bien aux horticulteurs français qui ne sont pas bénéficiaires de la PAC, et qui subissent un gros déficit d'attention de la part des pouvoirs publics.

Le changement radical dans la consommation de fleurs depuis 2020 (de plus en plus de consommateurs sont conscients de la provenance des fleurs, de plus en plus de fleuristes proposent de la fleur française en grande majorité) n'a pas encore eu de répercussion très positive sur les producteurs horticoles. Aujourd'hui, ils sont assaillis par les demandes de leurs clients fleuristes réguliers, mais aussi tentés de répondre à des marchés qui les sollicitent : l'export (notamment vers la Hollande, le Royaume-Uni et les Etats-Unis), mais aussi d'autres types de revendeurs (primeurs ou commerces engagés) qui ont identifié le besoin de fleurs comme "produit de marché". Résultat, un dilemme entre servir leurs clients fleuristes réguliers sans oser demander une hausse de prix qui valoriserait mieux leur travail, ou se les mettre à dos en vendant ailleurs ? 

L'an dernier, suite au premier confinement, un des couples de producteurs locaux qui venait vendre ses fleurs à Rungis a décidé d'arrêter de payer sa "case" à Rungis (un espace de vente matérialisé par une limite peinte au sol, que les producteurs louent à la Semmaris, société d'exploitation de Rungis, pour un loyer assez élevé) et de ne plus vendre aux fleuristes à part ceux qui se déplacent sur leur exploitation. Cela doit nous interroger fortement sur le modèle de vente en vigueur : des productrices et producteurs s'en tireraient mieux en arrêtant de vendre aux fleuristes ? Mais alors qu'allons nous pouvoir utiliser pour faire nos bouquets ? 

Il est urgent de se poser toutes ces questions et d'échanger avec les producteurs pour que le formidable engouement des consommateurs engagés pour la fleur française profite à tous, ne soit pas monopolisé par un secteur seul, et surtout pour se prémunir des effets pervers qu'on voit arriver gros comme une maison : l'investissement massif de fonds hollandais dans des terrains français, avec la construction de serres chauffées et éclairées, des traitements aux pesticides et une création d'emplois quasi négligeable pour produire des fleurs estampillées françaises qui ne profiteront à personne sur le territoire et ne participeront qu'à dégrader la qualité de notre production. 

 

 

De plus en plus de fleuristes proposent de la fleur française : sommes-nous, fleuristes, prêts à payer plus cher et à réduire nos marges pour que cet engouement bénéficie aussi aux producteurs ?

Article précédent
Article suivant
Fermer (esc)

OPTIMISER VOTRE NAVIGATION

Notre site est optimisé pour Google Chrome et Firefox, l'utilisation d'Internet Explorer ou d'une ancienne version de votre navigateur ne vous permettra pas de sélectionner un créneau de livraison ! 

Age verification

By clicking enter you are verifying that you are old enough to consume alcohol.

Recherche

Panier

Votre panier est vide.
Boutique