Fleurs et pesticides

TOXIQUE ?


Pas celle-ci, non. Une bonne partie des fleurs utilisées quotidiennement par les fleuristes traditionnels, oui. Les fleurs sont sujettes à de nombreuses maladies et attaques d’insectes ; cela est renforcé par le mode de culture, souvent mono-variétal intensif (une seule variété produite sur une parcelle = un super terrain de jeu pour les bestioles ou champignons qui voudraient s’y reproduire, passant d’une fleur à l’autre sur toute la parcelle).

Il n’existe pas pour les fleurs de « limites maximales de résidus » de pesticides, seuil à ne pas dépasser pour autoriser la commercialisation d’un produit – on réserve ce contrôle aux denrées alimentaires et aux aliments pour animaux. Une récente étude belge a confirmé la présence de nombreux résidus de pesticides variés sur les fleurs coupées, quelle que soit leur origine. Pour démontrer leur dangerosité, la même équipe belge a en 2019 prélevé un total de 42 échantillons d’urine chez des fleuristes et constitué un groupe de contrôle. Dans ces échantillons, on retrouve un total de 70 résidus : 56 pesticides et 14 métabolites (molécules issues de pesticides dégradées suite à une réaction chimique avec l’environnement : plantes, ravageur ou sol), avec en moyenne 8 résidus par fleuriste. Ces résultats sont bien plus élevés que les résidus trouvés dans les urines du groupe de contrôle.

Conclusion : dans le cadre d’un travail de fleurs conventionnelles sans protection de type gants, les fleuristes sont sensiblement exposés à des substances cancérigènes, à des perturbateurs endocriniens et à des risques d’atteintes génétiques.

Voilà pour les bonnes nouvelles.

Alors que faire ? Déjà, contrôler la traçabilité. Un certain nombre des substances retrouvées sur ces fleurs sont interdites en France. Acheter des fleurs françaises, c’est déjà se prémunir contre ces pesticides-là. Ensuite, observer les types de culture. Les producteurs de variétés champêtres et multiples, comme les Fleurs du Moulin ou Philippe Deletoille, cultivent rangées par rangées de nombreuses variétés et empêchent ainsi les ravageurs de détruire toutes leurs cultures. Cette méthode, et une sélection variétale très poussée, leur permet de ne plus traiter du tout. Certains ont également des labels permettant de garantir un usage très raisonné des traitements chimiques, remplacés bien souvent par de la lutte biologique. Nos amis Audrey et Ludo Morel sont ainsi labellisés Plante Bleue, haute qualité environnementale. Ils bénéficient des recherches du SCRADH, centre de recherche horticole de la région du Var, qui permet de passer sur certaines variétés de 40 à 4 traitements par an.

Enfin, garder la tête froide. Une fois de plus, la nuance est de mise. Aucun producteur ne balance par plaisir des pesticides sur ses cultures en s’en mettant au passage plein les poumons, d’autant que les pesticides sont chers. Il existe aujourd’hui de nombreuses alternatives aux traitements chimiques, de plus en plus utilisés par les producteurs horticoles. Le meilleur moyen de le faire, c’est d’aller vérifier sur place et d’échanger avec eux, ce qui est évidemment plus facile à faire si on s’approvisionne en France plutôt qu’au Kenya ou en Equateur (même si la plupart du temps, toutes les fleurs sont étiquetées « Hollande », là où on perd la traçabilité alors qu’elles ont transité depuis des pays bien plus lointains).

Une chose est certaine : ce n’est pas ce que nous avions en tête en commençant notre formation, et certainement pas ce dont sont conscientes les nombreuses personnes qui nous contactent en entamant leur reconversion. Il est grand temps que les pouvoirs publics se saisissent de cette question qui nous concerne tous, et que l’on accorde aux fleuristes la même attention que celle accordée à l’alimentation de nos animaux. 

Référence de l’article source :
Toumi, Khaoula & Joly, Laure & Vleminckx, Christiane & Schiffers, Bruno. (2019). Biological monitoring of exposure to pesticide residues among Belgian florists. Human and Ecological Risk Assessment : An International Journal. 26. 1-18. 10.1080/10807039.2018.1528860.
Le titre de ce post est quant à lui emprunté au dossier très complet de Weronicka Zarachowicz paru dans Télérama en novembre 2018.

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